Depuis juin, le Haras d’Annecy, rénové pour l’occasion, accueille le musée de la Cité internationale du cinéma d’animation. Le bâtiment est grand, neuf et climatisé, ce qui n’est pas un détail en plein été. J’ai pu y faire les trois expositions disponibles : l’exposition permanente, présentée comme unique au monde pour découvrir et comprendre l’histoire de l’animation, l’exposition consacrée au studio LAIKA et, surtout, la grande exposition d’Ankama Animations, « De l’esquisse à l’épopée ».
J’ai suivi la visite guidée de l’exposition Ankama un samedi à 11 h. Sur quatre participants prévus, nous n’étions que deux : moi et un joueur suisses de Dofus, classé dans le top 100 du leaderboard (selon ses dires 😉). Sur l’ensemble de la matinée, entre 11 h et 13 h, nous étions à peine une dizaine de visiteurs dans les 650 m² de l’exposition.





L’attente des personnes qui ne sont jamais venues m’a permis d’interroger la guide sur la fréquentation et le public. Elle m’a décrit une affluence très fluctuante : certaines visites ont réuni vingt personnes, d’autres ont été annulées, d’autres encore n’ont rassemblé que trois ou quatre participants. Elle n’a pas donné d’estimation de la fréquentation globale de l’exposition, seulement ces exemples de visites guidées.
Elle a aussi observé que les visiteurs ne connaissent pas les univers d’Ankama. Cet été, énormément d’enfants ont traîné leurs parents dans l’exposition pour voir Wakfu. Il s’agit surtout d’enfants qui ont découvert la série, plus que de parents nostalgiques de Dofus.
Un parcours centré sur ce qui a fonctionné
L’exposition s’étend sur 650 m², mais l’espace est à la fois vaste et peu exploité. De grandes zones évitent de se marcher dessus, mais certaines auraient pu être mieux aménagées. Le format temporaire se ressent : pas de superflu, on évoque rapidement chaque étape de la vie du studio, quitte à en oublier certains pans, volontairement ou non. L’animatrice n’a pas expliqué ces absences. L’exposition se concentre surtout sur ce qui a marché chez Ankama.
Le parcours ne se limite pas à l’animation. Il débute avec le jeu vidéo Dofus, enchaîne sur l’animation Wakfu et se conclut sur Waven, côté animation.
La visite a duré moins d’une heure. L’animatrice n’a lu aucune note : elle a appris de nombreuses anecdotes que connaissent bien les personnes attachées à Ankama. Parmi elles, les jeux de mots présents dans les jeux du studio, ses conditions de travail à ses débuts et son installation actuelle dans les bâtiments d’une ancienne filature de Roubaix. Il est possible que certaines anecdotes soient mot pour mot celles du documentaire réalisé par Nolife à la fin des années 2000.
Ayant déjà une solide connaissance du studio et de ses productions, je n’ai rien appris de majeur. L’animatrice a toutefois confié qu’Ankama avait profité de la préparation de l’exposition pour faire un constat : le studio a longtemps négligé ses propres archives. Selon ses propos, aucun véritable travail de conservation du patrimoine n’avait été mené depuis la création de l’entreprise, et l’histoire du studio repose en grande partie sur les carnets de notes de ToT.


Les pièces les plus marquantes sont les originaux des carnets de Tot. Les vitrines contiennent aussi des croquis, des logigrammes et d’autres carnets de notes, mais pas assez à mon goût. S’y ajoutent de nombreuses références à la pop culture qui ont pu inspirer l’univers d’Ankama, comme Dragon Ball, Excalibur ou des bandes dessinées. Elles sont présentées comme de simples influences, qui ont nourri des noms d’objets, de quêtes et des idées.
Des tablettes et des écrans, répartis à plusieurs endroits, permettent d’approfondir le contexte. Les étapes de production d’un épisode de Wakfu sont détaillées en vidéo et dans des artbooks dotés de feuilles transparentes, à la manière des celluloïds, pour visualiser les différents calques. C’est sans doute le point fort pour les amateurs d’animation.
La partie Waven est très pauvre. Elle montre quelques plans, notamment les environnements du pilote, et aborde surtout la montée des eaux qui a occasionné l’ère de Waven. On peut y voir les premières minutes du pilote, et seulement elles.



La boutique propose des produits non exclusifs, que l’on trouve aussi sur l’Ankama Shop. Des ateliers, notamment pour les écoles, sont organisés autour de l’exposition.
Le visiteur repart avec un code pour un jeton pourpre, utilisable sur l’Ankama Launcher. Une chasse aux six Dofus est également intégrée au parcours : chacun est accompagné d’une lettre, et la collecte donne droit à un cadeau, sans grande valeur. Cette chasse est subtilement intégrée par des stickers, parfois visibles, parfois difficiles à repérer selon les angles de vue.

La fin du musée en janvier 2027
L’exposition Ankama ne durera pas : le musée prendra fin en janvier 2027, jusqu’au 31 janvier. Il sera remplacé par un autre studio, qui n’a pas été annoncé. D’après la guide, il s’agirait d’un studio d’animation américain. En lui citant plusieurs noms, j’ai obtenu un sourire pour Pixar, avant qu’elle ne précise qu’elle ne pouvait rien dire. Cela ne constitue donc en rien une confirmation.
Elle a par ailleurs indiqué qu’un concert se prépare avant la fermeture.
La visite guidée est agréable et retrace bien l’histoire du studio. Le joueur du top 100 que j’ai croisé a trouvé la visite plutôt bien, tout en regrettant que quelques éléments manquent.
L’exposition ne contient pas d’éléments réellement inédits qui justifieraient de traverser la France, par exemple depuis la Bretagne. En revanche, pour qui voyage à proximité d’Annecy, l’escale peut valoir le détour. Pour les néophytes comme pour les enfants venus par Wakfu, c’est une bonne porte d’entrée dans l’univers d’Ankama.
Une dernière réflexion, qui relève de l’envie et non d’une information : avec un bon remaniement et davantage de détails, cette exposition ferait une excellente base pour une installation permanente à Roubaix, là où le studio est installé aujourd’hui. À ma connaissance, aucun projet de ce type n’a été annoncé.
Merci à la guide. Je ne parlerai pas des autres expositions, car je les ai davantage parcourues en flânant, sans être assidu. L’exposition principale est si dense qu’il n’y a pas un centimètre carré sans quelque chose à découvrir, tandis que celle de LAIKA tient dans dix mètres carrés, mais elle est sublime.






